Psychologie sociale, morceaux choisis : LA DIMENSION SPIRITUELLE EN PSYCHOTHERAPIE

Publié le par Sophie

lecture complémentaire : "Vers une psychologie de l'être" - Abraham Maslow (1972)

lecture complémentaire : "Vers une psychologie de l'être" - Abraham Maslow (1972)

Aujourd'hui, petite réflexion qui nous a été proposée en cours sur l'importance de la dimension spirituelle en psychothérapie. Bonne lecture !

André Malraux disait : " le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ! " s'inscrivant ainsi tout à fait dans le ton de la société contemporaine. En période de crise, la question des valeurs profondes et authentiques comme bases d'une civilisation se révèle souvent au cœur des préoccupations. Avec l'avènement de l'approche existentielle-humaniste apparue à partir des années quarante aux États-Unis essentiellement sous l'impulsion d'Abraham Maslow et de Carl Rogers, de la psychologie transpersonnelle du début des années soixante-dix largement développée et enrichie par les travaux de Stanislas Grof, ainsi que la théorie intégrale de la conscience de Ken Wilber pour ne citer que ceux-là, la psychologie a suivi la tendance et fait un pas important vers une compréhension holistique de la nature humaine.

En mettant l'accent sur l'auto-réalisation de soi, la transcendance, l'exploitation de potentiels cachés et en intégrant aux thérapies des données philosophiques ou des pratiques spirituelles venues du monde entier (méditation, respiration, posture, hypnose, sophrologie, taï-chi, yoga et étude des états modifiés de la conscience...), les modèles d'interventions psychothérapiques se sont élevés à un niveau supérieur, plus profond, plus spirituel. Le but des thérapeutes n'est plus seulement de traiter des pathologies mais bel et bien d'aider le patient à s'élever, dépasser ses limites, à vivre toutes ses expériences (même difficiles et/ou négatives) et en sortir grandi. Ainsi, Abraham Maslow pose la question suivante : la croissance et l'accomplissement de soi peuvent-ils s'accomplir sans douleur et sans conflit ?

« Si la souffrance et la peine sont quelquefois nécessaires à la croissance de la personnalité, nous devrions savoir ne pas toujours en protéger les gens, comme si cela était nécessairement mauvais. Il peut arriver que cela soit bon et souhaitable, compte tenu des conséquences positives qui peuvent en résulter.

Dans les psychothérapies corporelles, diverses pratiques orientales avaient déjà été intégrées au modèle d'intervention de base pour créer une approche où corps et esprit ne se concevaient plus l'un sans l'autre. Yoga, massage, tantrisme, respiration, acupuncture, taoïsme, énergie cosmique, sophrologie… étaient des termes courants pour les thérapeutes corporels. Dans leur approche se voulant appréhender l'être humain de façon plus globale , la dimension spirituelle n'a, cependant, pas été exploitée jusqu'au bout.

Sans être adepte de la psychologie intégrale de Ken Wilber ou de la psychologie transpersonnelle que Stanislav Grof définissait comme « une discipline visant à faire une synthèse de la spiritualité authentique et de la science », je pense néanmoins que la dimension spirituelle est importante et devrait accompagner toute psychothérapie. Une fois ses besoins primaires assouvis, une fois que l'être humain se sent en sécurité, aimé et considéré par ses pairs (cf pyramide des besoins de Maslow), il peut passer au niveau supérieur et travailler à la réalisation de soi.

« la personnalité qui poursuit la réalisation de soi, qui a déjà, par définition, gratifié, ses besoins élémentaires, est beaucoup moins dépendante, beaucoup moins attachée, bien plus autonome et libre.»

Par contre, il semble évident que ce niveau ne soit pas accessible à tout un chacun ; en effet, l'individu empêtré dans des pathologies graves (schizophrénie, profonde dépression, paranoïa, psychose...) n'est pas en mesure de penser « croissance » ou « accomplissement de soi ». Pour démontrer cet état de fait, appuyons-nous, une fois encore sur les propos de Maslow :

« Il n'y a pas de santé psychique possible si le noyau essentiel de la personnalité n'est pas fondamentalement accepté, aimé et respecté par les autres et par soi-même ».

D'après Maslow, en effet, la réalisation de soi suppose un développement sain avec un noyau intérieur fonctionnant pleinement et une quantité minimale de mauvaise santé, de perte ou diminution des capacités fondamentales humaines et personnelles.

En outre, il est connu que l'être humain est loin d'utiliser toutes ses capacités (talents artistiques, intellectuels ou force créatrice) et la dimension spirituelle peut apporter un éclairage sur sa vraie nature et, ainsi, révéler ces potentiels cachés. Le Mouvement du potentiel humain, né au sein de la contre-culture des années soixante aux États-Unis, est ainsi fondé sur l'idée que les ressources psychologiques et spirituelles, les états supérieurs de conscience ainsi que les expériences transcendantes ne sont pas exploités en l'être humain.

Quantité de ces nouvelles approches en thérapie mettent l'accent sur le corps et la créativité (exploration de l'imaginaire avec le rêve éveillé, expression picturale et plastique dans l'art-thérapie, techniques corporelles…) dans le but de révéler le « potentiel humain ».

Cette notion a pris son essor, en 1962, quand Michael Murphy considéré comme le père du Mouvement du Potentiel humain et Dick Price fondent l'Institut Esalen en Californie d'où proviennent de nombreuses méthodes et techniques de psychothérapie. Je dois avouer que certains écoles issues de ce mouvement et les idées ou principes qui en découlent me laissent perplexe ou pour le moins sceptique. Que penser du rebirthing de Léonard Orr (1962), du Rolfing ou « intégration structurale avancée » d'Ida Rolf (1967) ou encore du jeu de sable de Dora Kalff (1971) ? Certes, il est difficile de juger de l'efficacité de toutes ces techniques sans les avoir testées mais elles me paraissent un peu excessives. En 1958, par exemple, dans le cadre de la thérapie psychédélique, Aldous Huxley ne recommandait-il pas d'administrer du LSD aux patients atteints de cancer en phase terminale, dans l'espoir de « rendre la mort plus spirituelle, moins étroitement physiologique » ?

Pour conclure, il apparaît évident que la dimension spirituelle élève le débat des psychothérapies. En ce qui me concerne, je pense qu'y accéder reste, cependant, indiquée surtout pour les personnes venant consulter pour leur développement personnel plutôt que pour soigner des troubles psychologiques graves et profonds.

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