Psychologie sociale, morceaux choisis - LE COMPORTEMENT TERRITORIAL

Publié le par Sophie

lecture complémentaire : "Psychologie sociale de l'environnement" de G. N. Fischer

lecture complémentaire : "Psychologie sociale de l'environnement" de G. N. Fischer

Animaux ou êtres humains, jeunes ou vieux, nous avons tous une certaine manière d'appréhender l'espace qui nous entoure. Voici comment expliquer la notion de comportement territorial et une analyse de mon cas particulier... Et vous, avez-vous déjà réfléchi à la question ?

C'est à partir des études faites sur le comportement animal que le concept de territoire a suscité l'intérêt des psychologues sociaux qui l'ont alors appliqué aux humains. Pour définition, Gustave-Nicolas Fischer indique :

«le territoire désigne un espace physique délimité aménagé pour une activité définie et pour accueillir une personne ou un groupe »1
 

C'est un lieu personnalisé à l'aide de marqueurs et d'éléments d'appropriation qui indiquent que l'on est son occupant.

Irwin Altman a défini, en 1975, trois types de territoires : - le territoire primaire, occupé de façon stable et clairement identifié par ses occupants (lieu intime, espace-refuge tel le logement) ; - le territoire secondaire semi-privé, semi-public, ce sont des espaces sociaux avec des règles quant aux droits d'accès (bistrot de quartier, salle de classe dans une école) ; - le territoire public, occupé temporairement appartient à tout le monde, le comportement y est régi par les normes sociales et les coutumes.
 

L'être humain a tendance à considérer son territoire immédiat comme une "possession", une zone d'emprise à laquelle il peut s'identifier, une "extension de soi" munie de délimitations ou "frontières" qui indiquent les séparations entre soi et autrui.
 

En 1967, Albert Schlefen, Adam Kendon et Norman Ashkraft se sont penchés sur la territorialité humaine mais, c'est surtout Edward T. Hall qui va se consacrer, en 1973, à l'étude du comportement de l'être humain par rapport à l'espace qu'il occupe et plus particulièrement aux codes qui régissent l'utilisation de l'espace. La proxémique ne donne pas seulement une idée de la distance qui sépare les êtres humains dans leur façon de communiquer mais aussi la manière dont l'homme perçoit, structure et organise l'espace.
 

Chaque culture, a, en effet, une façon particulière de structurer l'espace autour de fonctions précises. Ainsi, Hall distingue les espaces à organisation fixe (typiquement les différentes pièces du logement dédiées à la préparation des repas, au sommeil, à la toilette, aux rencontres…), ceux à organisation semi-fixe (équipement, mobilier agencé de manière à favoriser les échanges, portes ouvertes ou fermées…) et les espaces informels qui s'établissent en fonction des distances que nous maintenons avec les autres dans nos relations. Le lien entre espace et comportement repose, selon Hall, sur des "schémas internes d'espace" que l'individu acquiert tout au long de sa vie.
 

Personnellement, mon comportement territorial (ou plutôt le nôtre si j'intègre mon époux dans cette conception) reflète le comportement de tous ceux qui appartiennent au même groupe, à la même culture et classe sociale que nous.

Notre maison (notre refuge) se trouve dans un petit village calme et entouré de verdure. À l'extérieur, le terrain est bordé de haies et diverses plantations pour délimiter notre "territoire" de celui des voisins. Comme nous nous trouvons dans une impasse, il n'y a pas de portail, ni de clôture qui ferment l'accès. Différents espaces sont prévus : une aire pavée pour l'accès principal, celui des voitures et la circulation autour de la maison ; un espace gazonné pour le jardin, le potager, la terrasse et le lieu de détente. La maison est très aérée et lumineuse, il y a beaucoup de baies vitrées et portes fenêtres qui donnent sur l'extérieur. Les portes ne sont jamais fermées (signe d'ouverture et de disponibilité) exceptée celle de la salle de bain, pièce requérant un peu d'intimité. Une grande pièce principale ouverte sur la cuisine et les autres pièces accueille les visiteurs, une grande table entourée de chaises forme, au centre, un espace convivial, propice aux échanges. La partie nuit (chambre à coucher, salle de bain, dressing) est légèrement en retrait grâce à un couloir signalant l'arrivée dans l'espace personnel, l'espace intime. Mon mari travaille à la maison de temps à autre. Il dispose d'un bureau qu'il a aménagé et personnalisé à son goût tout en conservant un aspect pratique. De par le fait que je circule en fauteuil roulant, tout a été conçu de sorte qu'il y ait beaucoup d'espace, pas de meubles superflus qui encombreraient le passage, pas de décoration trop chargée. Notre intérieur, nous l'avons choisi simple, aéré, chaleureux et pratique pour que nous puissions nous y sentir bien, à l'abri, dans un endroit où nous ressourcer et nous retrouver.

 

1Gustave-Nicolas Fischer, « Psychologie sociale de l'environnement », Paris, Dunod, 2011 p. 31

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