Psychologie sociale : morceaux choisis - L'INJONCTION PARADOXALE

Publié le par Sophie

lecture complémentaire : "1984" de George Orwell

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Aujourd'hui, je vous propose de découvrir l'étude qui nous a été demandée sur le paradoxe... Bonne lecture !
 

Le terme de paradoxe (du grec paradoxos, para « contre » et doxa « opinion ») désigne une idée surprenante allant contre le sens commun, qui contient une contradiction logique ou un raisonnement qui aboutit à une absurdité ou une situation contredisant l'intuition commune.
 

En psychologie, la notion de "double contrainte" qui en découle (double bind en anglais) aussi appelée "injonction paradoxale" a été proposée, en 1956, par Gregory Bateson et l'École de Palo Alto dans le cadre d'une théorie sur les causes de la schizophrénie ("vers une théorie de la schizophrénie", 1956). On nomme "double contrainte" une paire d'injonctions paradoxales consistant en ordres explicites ou implicites intimés à quelqu'un qui ne peut en satisfaire une sans violer l'autre. Ce paradoxe rend la situation impossible, l'individu est acculé et ne trouve pas de solution pour s'en sortir. La double contrainte existe dans une relation d'autorité (type parent – enfant ou entre adultes dont l'un est plus faible), les instructions sont confuses, contradictoires et il est strictement interdit de faire des commentaires. Quoi qu'il fasse, l'individu à qui s'adresse les injonctions n'a pas le droit de faire remarquer les contradictions. Privé de son sens critique et de sa capacité à se rebeller, la personne est réduite à l'impuissance et à l'enfermement. La victime se retrouve affaiblie, doute de ses pensées et de ses affects au point d'y perdre le sentiment de son identité.
 

L'injonction « sois spontané ! » illustre parfaitement cette notion car le simple fait d'en intimer l'ordre, anéantit toute possibilité d'être spontané !
 

Dans la littérature, Isaac Asimov utilise cette notion dans la nouvelle "Cercle vicieux", ouvrage paru en 1942 dans lequel un robot se retrouve avec une programmation l'obligeant à se protéger et à obéir à un ordre lui demandant de se détruire.
 

Pour Paul Watzlawick, la double contrainte étant une situation insoluble directement, sa résolution passe par les phases suivantes : - repérer et prendre conscience de la double contrainte, - dévoiler les non-dits et recadrer la situation à un niveau différent c'est à dire modifier le contexte de la situation, - adopter un comportement différent.

Pour bien comprendre, on cite souvent l'exemple de la mère qui offre deux cravates à son fils, une rouge et une bleue. Si le fils porte la rouge, la mère lui demande « tu n'aimes pas la bleue ? » et s'il met la bleue, elle veut savoir pourquoi il n'apprécie pas la rouge. Quoi qu'il fasse, il se trouve affublé de reproches et a l'impression d'avoir mal agi. Pour sortir de cette impasse et dépasser l'absurde de la situation, il décide un jour de porter les deux cravates en même temps et lance à sa mère : « Merci, grâce à toi, j'ai appris à être original, désormais je porterai toujours deux cravates » (Serge Villaverde). Cet homme a pris le recul nécessaire, réalisé l'absurdité de la situation et, au lieu de s'enfoncer dans une culpabilité sans fondement, il a fait preuve d'imagination pour trouver une solution.

 

Comme le suggère Gregory Bateson, tout l'intérêt de cette notion réside dans le fait qu'elle oblige l'individu à développer "une double perspective créative", c'est à dire à oser être qui il est vraiment, se révéler, faire appel à l'humour, la spontanéité et l'imagination pour sortir de l'impasse.

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