Qu'est ce que tu fais dans la vie ?

Publié le par Sophie

pixabay.com

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La question qui tue... Irrémédiablement, elle pointe le bout de son nez dans toutes les conversations en soirée, dîner, barbecue, anniversaire, invitation chez des amis où vous croisez des gens que vous n'avez encore jamais vus.

Sujet-bateau à première vue juste après la météo, cette question a longtemps été une angoisse pour moi. Après 2 années de longue maladie, assise entre deux chaises, des visites médicales incessantes, un suivi psychologique sans issue, la fatigue, la déprime et une foule de démarches administratives, le processus prend fin avec la phrase : vous êtes déclarée "invalide" à partir du mois prochain !

Ouf... Quel soulagement immense, enfin délivrée de toute cette angoisse quant à mon avenir ! Je vais finalement pouvoir tourner la page, prendre soin de moi et profiter pleinement de cette nouvelle vie qui commence. C'est du moins ce que je croyais en sortant de mon dernier rendez-vous chez le médecin-conseil... C'était sans compter sur cette bonne vieille société qui nous entoure !

En effet, j'ai bien vite compris que mon combat n'était pas fini... Les questions indiscrètes, les jugements sans savoir, les critiques et autres commentaires désagréables pleuvaient en abondance. "Qu'est ce que tu fais dans la vie ? Tu ne travailles pas ? Tiens pourquoi donc ?"  Comme si on "était" quelqu'un seulement à partir du moment où l'on a un travail, un rôle, une fonction utile pour l'ensemble de la société... Médecin, instit, avocate, psy, ingénieur valent mieux que chômeur bien entendu ! Tout cela me rappelle mes cours de psycho sur le conditionnement de l'être humain (cf note "Les rôles que la société nous impose" parue sur ce blog en date du 11 mai 2017) et je réalise soudain combien  tout le monde autour de moi a été conditionné par la société dès son plus jeune âge.

D'autres encore ajoutent : "Remarque c'est cool, tu peux faire du shopping à loisir et dépenser l'argent de ton mari !" Mais bien sûr, j'ai arrêté de travailler parce que j'avais envie de faire du shopping quand je le voulais ou que je préférais me dorer la pilule pendant que d'autres triment toute la journée. C'est le pied, non ?

Enfin, j'ai eu droit à "Tu t'écoutes trop... Tu n'as pas vraiment mal ou tu ne peux pas être fatiguée maintenant que tu es en vacances toute l'année !" Abasourdie par tant de stupidité, je ne sais jamais quoi répondre sur le coup, j'ai pourtant envie de crier : Je suis juste clouée sur un fauteuil roulant à ne pas pouvoir faire ce que je veux comme je le veux ni aller où bon me semble. Je ne parle même pas des douleurs récurrentes, des frustrations multiples, des barrières insurmontables, de la dépendance de plus en plus envahisssante dans la vie de tous les jours et surtout, comble du comble, de l'angoisse de ne pas savoir où s'arrêtera cette déchéance progressive.

La colère a eu le temps de s'apaiser durant les 7 années qui se sont écoulées depuis le début de l'ère "invalide" et après une période inévitable d'adaptation à mon nouvel état (rythme, occupation, amis, but...), je suis en mesure aujourd'hui de trouver des réponses à toutes ces questions, de ne plus avoir honte de ce que je suis et même d'avoir le courage de remettre l'un ou l'autre à sa place ! Les soirées entre amis, sorties et autres réjouissances sont plus sereines pour moi et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas mon emportement soudain. Des sursauts d'énervement reviennent de temps à autre comme les fièvres foudroyantes qui dévastent les personnes touchées par le paludisme mais je pense qu'il serait malsain de les garder à l'intérieur. Faut que ça sorte tout ça ou la cocotte va exploser...

Publié dans Société, Qui sommes-nous

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