Psychologie sociale, morceaux choisis : LA COMMUNICATION NON-VERBALE

Publié le par Sophie

lecture complémentaire : "Le langage du corps et la communication corporelle" de M.A Descamps (1992)

lecture complémentaire : "Le langage du corps et la communication corporelle" de M.A Descamps (1992)

Dans le cadre de l'étude de la communication non-verbale, nous avons réalisé un exercice pratique fort intéressant. Il s'agissait d'observer notre entourage pendant 10 à 15 jours afin de nous rendre compte de la place du non-verbal dans les échanges. Stupéfiant !

"Durant cette quinzaine de jours d'observation du non-verbal dans diverses interactions autour de moi, j'ai pu voir des regards expressifs, des clins d'œil, hochements de tête, des bras et des mains très agités, des sourires, des grimaces, des 100 pas ou tapotements de doigts en signe d'impatience, des bâillements, soupirs ou gémissements traduisant l'inconfort dû aux fortes chaleurs du moment, des signes ou poignées de main en guise de salutation, des changements dans l'intonation de la voix, des rapprochements ou éloignement des personnes qui communiquaient… Cette liste, loin d'être exhaustive, suffit, cependant, à donner un aperçu de l'importance de la communication non-verbale dans notre vie de tous les jours.
 

S'il existe de par le monde, des gestes universels immédiatement reconnus partout (émotions de base, soumission, domination, séduction), il en existe d'autres liés à la culture des individus et à leur façon de vivre (se saluer, toucher quelqu'un, se rapprocher…). La signification de ces gestes n'est pas la même selon l'endroit où l'on se trouve, son âge, son sexe ou sa position hiérarchique. Certaines cultures favorisent une communication non-verbale expansive (pays latins, africains) où le corps fait partie intégrante du discours alors que d'autres cultures comme les anglo-saxons, les pays nordiques ou les cultures asiatiques ont tendance à inhiber la gestuelle dans un souci d'ordre et de bienséance. Ces différences culturelles peuvent, parfois, provoquer incompréhensions, surprises, gênes ou énervements !
 

Dans le cadre de mon exercice d'observation, les personnes concernées font toutes partie de la même culture, d'où ma limite à étudier la communication non-verbale selon le modèle français. En premier lieu, cet exercice m'aura fait comprendre que le langage du corps comporte une infinité de manifestations diverses, une multitude de petits détails que l'on ne peut vraisemblablement pas saisir en totalité. Les premiers chercheurs en communication non-verbale, filmant des séquences pour, ensuite, les visionner afin de les étudier en détail, en sont arrivés à la même conclusion :

« il se passe un tas de choses dans toutes les parties du corps ; beaucoup plus qu'ils ne le pensaient.»1
 

J'ai pu remarquer, néanmoins, que les informations transmises par le non-verbal émanait en grande partie du visage. En effet, chez l'homme comme chez les carnivores et les primates, la communication faciale a une influence primordiale. Le système d'expression faciale des émotions présenté par P. Ekman et W. Friesen d'après les travaux réalisés entre 1966 et 1973 reprennent les éléments déjà abordés par le Dr Emiane en 1949. La joie, la surprise, la peur, la tristesse, le dégoût… se lisent très bien sur les visages et plus particulièrement dans les regards. Comme le disait Georges Rodenbach, « les yeux sont les fenêtres de l'âme ». Que ce soit chez un enfant pas encore en âge de parler ou un vieillard incapable de communiquer car affaibli par la maladie, il suffit de plonger dans leurs yeux pour comprendre le message qu'ils ont à transmettre. Pour moi, le regard est même l'acteur principal dans la communication que ce soit en tant qu'émetteur ou récepteur d'ailleurs. C'est le sens principal qui nous permet d'appréhender les choses : attirer l'attention de notre interlocuteur, détourner ou baisser le regard en cas de honte ou d'embarras (Modigliani 1971), éviter une agression et reconnaître la domination de notre vis-à-vis (Exline et Yellin, travaux sur le singe 1969, Strongman Champness, hiérarchie de dominance dans un groupe humain, 1968) sont toutes des informations contenues dans le regard. Si l'on s'intéresse à un aspect plus positif, on remarquera l'importance du regard dans les toutes premières relations de la mère à l'enfant et le lien d'attachement (Klauss et coll, 1973 – Stern 1974), dans le cadre de l'apprentissage où le regard joue le rôle de renforcement positif (Reece et Whitman, 1962) ou encore dans les rituels de rencontre (Goffman, 1967-1973) et les comportements sexuels (Stass et Willis, 1967).

De plus, j'ai noté bon nombre de sourires de ma part comme dans le comportement de mes interlocuteurs. « Sourires de type supérieur » ou « sourires larges » (comme définis par Bramigan et Humphries), ils nous mettent de bonne humeur et traduisent une volonté évidente d'instaurer, maintenir ou rétablir de bonnes relations entre individus. Il faut savoir que sourire est une conduite propre à l'homme, elle est importante dès son plus jeune âge (travaux de Bowlby reliant sourire et relation d'attachement) et joue un rôle dans la socialisation de l'être humain tout au long de sa vie. Il est signe d'apaisement, permet d'éviter les conflits et anéantit tout sentiment d'agressivité.
 

En outre, les gestes ont été (et de loin !) les éléments les plus nombreux dans cette phase d'observation. Ils ont été si nombreux, rapides et en chaîne, qu'il semblait impossible de les capter tous et de les analyser clairement. J'ai noté, cependant, une certaine corrélation entre le nombre de gestes, leur rapidité d'exécution et d'enchaînement et l'état intérieur des individus. En effet, les gestes rapides pleins d'emphase traduisaient la joie, la gaieté, l'énergie et le dynamisme de mes interlocuteurs alors qu'une petite baisse de moral se remarquait immédiatement par un rythme général plus lent et des mouvements plus inhibés. Dans une série de recherches sur le comportement dépressif, Heiner Ellring (1984, 1990) a, ainsi, effectivement observé une baisse de mobilité liée à la dépression alors que l'accélération dans les gestes est unanimement reconnue dans la profession comme un signe d'anxiété ou de manie.

En 1952, Ray Birdwhistell a inventé le concept de kinésique qui permettait de décoder les gestes. Ses idées ont été reprises par la suite par Gregory Bateson et l'école de Palo Alto (années 50), la PNL et Erving Goffman qui travailla sur la présentation de soi à travers la tenue vestimentaire, attitudes, postures… (voir « Mise en scène de la vie quotidienne, Goffman, 1959). Il considérait, en effet, la tenue vestimentaire et la présentation de soi comme faisant partie de la communication non-verbale. C'est une position tout à fait justifiée à mon avis car l'apparence d'un individu (sale ou soigné, propre ou crasseux, cheveux en désordre ou correctement peignés…), marque l'interlocuteur autant que les autres éléments de communication. Les gestes de salutation (poignées de main, accolades, signes de la main, embrassades) méritent, à mon avis, une attention toute particulière. Les techniques de salutation varient selon la situation, l'âge, le sexe et surtout en fonction des liens qui unissent les individus. Ainsi, selon le degré d'intimité avec notre interlocuteur, le geste de salutation sera plus détendu avec des contacts directs (serrer quelqu'un dans ses bras, bises, baisers, lui taper sur l'épaule). On retrouve aussi le concept de proxémique d'Edward T. Hall avec des distances spatiales réduites (voire inexistantes) lorsque les interlocuteurs nous sont proches. Pour finir un mot sur la poignée de main :

« la poignée de main est le geste de salutation le plus fréquent et le plus répandu sur toute la terre. En serrant la main à quelqu'un, on a des renseignements sur sa personnalité. »2
 

C'est un geste qui en dit long sur l'individu et sa personnalité, une façon de communiquer, de transmettre des informations sans recourir à la parole (geste d'accueil, de félicitations, réconciliation, de paix, de réduction des distances entre catégories sociales, pour sceller un accord...). En France, on y est particulièrement attaché, toute action sociale commence et se termine par une poignée de main. Depuis la Révolution française de 1789, la poignée de main est synonyme d'intimité, égalité et fraternité … Refuser une main tendue est une insulte grave !
 

En conclusion, la communication non-verbale est donc primordiale et présente partout. Son analyse peut aussi éclairer des énigmes (certaines dissonances cognitives) et peut être utile à certaines professions pour détecter le mensonge (interrogatoires policiers). Bien que difficile à contrôler, certains ont également réussi à utiliser la communication non-verbale pour influencer ou manipuler les individus qui les entourent (publicité ou politique par exemple)."

 

1Michel Heller , « Psychothérapies corporelles », Bruxelles, Éditions de Boeck, 2008 p.480

2 Marc-Alain Descamps, « le langage du corps et la communication corporelle », Paris, PUF, 1993, p.198 - 203

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