Psychologie sociale, morceaux choisis : "CONFORMISME ET ANTI-CONFORMSME"

Publié le par Sophie

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Voilà de quoi réfléchir au conformisme, ses avantages (souvent inconscients), ses inconvénients, ses dangers même... Une prise de conscience de la manière dont nous sommes préparés, éduqués à rentrer dans un moule que la société nous impose selon notre âge, sexe, culture et le rôle qui nous est donné !
 

L'anticonformiste désigne quelqu'un qui s'oppose aux usages de son milieu et se montre hostile aux normes, idées et règles pré-établies par la société. Il revendique son originalité en refusant de se soumettre aux modèles édictés par la majorité, aux règles de (soi-disant) bonne conduite ou à la norme de pensée politiquement correcte. Tout individu qui, en société, s'écarte de la norme est souvent considéré comme anormal, parfois même déviant et se retrouve isolé, marginalisé, mis au ban de la société qui se méfie de ceux qui sont différents. Ainsi, dans « Rhinocéros », pièce publiée en 1960 par Eugène Ionesco, l'auteur montre la difficulté d'être anticonformiste. La fidélité à soi-même, le refus de penser ou d'être comme tout le monde est source de douleur pour le héros. Il refuse le conformisme qui gagne ses semblables, fascinés et aveuglés par l'idéologie totalitaire ambiante et se définit comme le seul « homme » restant face aux rhinocéros que sont devenus ses contemporains.
 

Ce qui est jugé anticonformiste aujourd'hui et dans le monde occidental ne l'est pas forcément si l'on change d'époque, d'endroit, de culture, de personnes... La tolérance sociale varie, en effet, en fonction de nombreux critères tel que l'âge, le sexe, le statut social ou l'origine socio-culturelle. Par exemple, les funérailles de l'Égypte ancienne, la Rome antique, et, celles se pratiquant encore de nos jours, au Moyen- ou Extrême-Orient sont marquées par la présence de pleureuses professionnelles qui crient, hurlent et se frappent la poitrine. Ramenée à nos latitudes et notre époque où, pour rester digne, toutes les émotions sont retenues, cette attitude jugée choquante passerait pour anormale, non-conformiste.
 

En ce qui me concerne, se promener tout nu chez soi ou en dehors (naturisme) est une attitude significativement anticonformiste. Dans notre société, la nudité est perçue comme indécente et ce genre d'attitude pourrait même passer pour de l’exhibitionnisme, pratique répréhensible aux yeux de la loi. En imaginant que je puisse adopter un tel comportement parce qu'il correspond à une aspiration profonde, un réel besoin, je pense que je ressentiras un réel soulagement de pouvoir enfin m'exprimer librement, sans tabou et être totalement « moi ». Hélas, cette attitude me vaudrait les foudres de la société bien pensante et n'ayant pas un caractère assez fort et indépendant, je finirai par abandonner mes pratiques et me conformer à l'avis de la majorité. Que ce soit par complaisance, identification ou intériorisation (Kelman, 1958), l'être humain se conforme à l'avis de la majorité pour éviter le conflit, entretenir des relations positives et surtout ne pas se faire rejeter.
 

Le mouvement gothique et la mode du même nom est un second exemple illustrant parfaitement l'anticonformisme. Dans une société où prime l'apparence physique, afficher un code vestimentaire hors norme, une coiffure exubérante, un look généralement morbide avec des accessoires associés au libertinage sexuel est un moyen de contestation efficace, un moyen de se démarquer des autres et de montrer son appartenance à une contre-culture avec ses valeurs propres. Rejoindre le mouvement gothique et adopter son look et ses idées représenterait, pour moi, un moyen de me rebeller contre l'excès de normalité. Par goût de la provocation, ce serait là un moyen idéal et pacifique de revendiquer une certaine liberté individuelle.
 

Cependant, certains écarts à la norme sont encouragés dans certains milieux et réprimés dans d'autres. L'anticonformiste souhaitant innover, inventer, créer correspond tout à fait au portrait de l'artiste quel que soit son mode d'expression. Le milieu artistique favorise, en effet, l'anticonformisme car il permet de libérer toute l'expression créatrice de l'artiste, d'abattre les barrières psychologiques, de supprimer les tabous et permettre d'exprimer librement son art innovant et avant-gardiste.
 

Par opposition, l'armée est une parfaite illustration de milieu réprimant les écarts à la norme. En effet, dans l'armée, il convient de ne pas sortir du rang : tout n'est qu'ordre, obéissance et soumission à l'autorité. Le moindre geste, la façon de se comporter avec autrui, de parler, se vêtir, de penser même est soumis à une multitude de règles qu'il faut respecter rigoureusement et sans discussion aucune.

Dans ce cadre, la personne qui se soumet à l'autorité et se conforme à l'avis majoritaire, même si elle n'est pas d'accord, évite d'entrer en situation de conflit cognitif avec elle-même. En outre, le conformisme assure une meilleure cohésion dans le groupe, évite les conflits et maintient le bien-être de tous les membres. Le groupe s'en trouve incontestablement consolidé. Socialement récompensé (félicitations, promotions, médailles), le conformisme est, dans l'armée, synonyme de renforcement de soi. Du point de vue du meneur, du supérieur hiérarchique, de celui qui commande ou gouverne (militaires, politiciens, chefs d'entreprise, leaders de groupe…), le conformisme permet également une gestion plus facile du groupe social. Il est plus malléable et prévisible s'il suit des règles de conduite définies à l'avance sur lesquelles on peut agir en cas de besoin.

De plus, individuellement, chaque personne cherche à obtenir le maximum de sa participation au groupe (influence normative Deutsch et Gérard, 1955).


Néanmoins, l'expérience menée par Stanley Milgram* en 1974 a révélé les dangers d'une trop grande soumission à l'autorité (*cf vidéo ci-dessous). En effet, cette expérience a révélé que 65 % des personnes vont jusqu'à infliger des chocs électriques de 450 volts à une innocente victime sur simple injonction d' un expérimentateur, dépassant largement le seuil limite de tolérance d'un individu. 2/3 des personnes obéissent donc aux ordres qui leur sont donnés perdant, ainsi, tout sens de responsabilité. Cet aspect mérite que l'on s'y intéresse (surtout dans notre exemple de l'armée) car il souligne le danger potentiel du conformisme.

D'autres chercheurs ont étudié le phénomène du conformisme, ses divers aspects, effets et dangers. L'expérience la plus célèbre en la matière est celle de Solomon Asch (1951) démontrant le pouvoir du conformisme sur les décisions d'un individu au sein d'un groupe. Citons également Muzafer Shérif à l'origine du concept de normalisation (1936), Moore (1921) ou encore Tajfel et Turner qui ont travaillé sur l'autocatégorisation et l'engagement de soi (1979).


Si le conformisme est synonyme d'avantages conscients ou inconscients, il présente également de nombreux inconvénients.

En plus des inconvénients déjà cités au cours de cette étude, il convient de revenir sur l'autocatégorisation et l'engagement de soi. Tajfel et Turner ont ainsi démontré que l'individu avait tendance à valoriser et défendre le groupe auquel il appartient sous le coup de l'attachement affectif. Aveuglé et sous l'influence du groupe, l'individu pourrait être amené à couvrir des actes répréhensibles. De plus, dans le cadre du conformisme, on assiste à une unité de pensée réduite à la pensée de la majorité (ce qui n'est pas toujours gage de véracité), une déresponsabilisation et une dépersonnalisation de l'individu. Il se considère, en effet, comme le modèle de son groupe et se comporte comme tel. Il n'est plus vraiment « lui », individu unique avec ses caractéristiques propres. Un esprit indépendant aura du mal à se conformer car il ressentira un énorme sentiment de frustration de ne pas pouvoir exprimer ses opinions et être fidèle à lui-même.

Enfin, il faut savoir que le conformisme est utilisé constamment dans de nombreux domaines dans notre société pour nous influencer dans un sens ou un autre : dans la publicité, par exemple, pour pousser à la consommation, la mode (surtout chez les jeunes), la politique par l'intermédiaire des sondages d'opinion notamment… Il convient d'en prendre conscience pour éviter de se faire manipuler à l'excès !

* vidéo de l'expérience de Milgram résumée - Youtube.com

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