Donnez du pinard aux poilus !

Publié le par Sophie

Donnez du pinard aux poilus !

Avec 6400 morts par jour chez les militaires - le double si l'on ajoute les civils - la première guerre mondiale a été l'une des plus meurtrières de l'histoire. Pour tenir, les soldats français se sont souvent réfugiés dans l'alcool, encouragés par leur hiérachie dont le mot d'ordre était "Qu'ils ne manquent jamais de pinard... L'homme, comme un sac, ne tient debout que s'il est plein !" (sic André Bridoux dans "Souvenirs du temps des morts")

Baptisé "Père Pinard" ou "St Pinard", de régiment en régiment, le vin est un camarade de tous les jours acheminé sur le front en quantité réellementt stupéfiante. Dans les tranchées, il donne du cœur à l'ouvrage, maintient le moral des troupes et suspend, un temps, l'épouvante qui s'empare de chacun au moment de l'assaut.

Face à l'enchaînement des nombreuses défaites, l'état-major entreprend d'augmenter les rations journalières d'alcool rendant les hommes saouls en permanence. Opium et laudanum, dissimulés dans les colis ont finit de rendre les soldats malades, dépendants, hallucinés, et totalement intoxiqués souffrant encore de nombreuses séquelles après la guerre.

Utilisé comme une véritable arme de manipulation des troupes pendant le conflit, le vin devient après l'Armistice de 1918, "le Pinard de la victoire" qui prolonge ainsi l'immense propagande faite autour du vin. Pinard, tabac, gnole, jeux et une p'tite femme sont ainsi devenus synonymes de plaisir, de distraction et même de patriotisme !

La victoire acquise, il est hors de question de faire ombrage au "breuvage de la victoire" qui a porté les poilus français pendant les cinq années du plus terrifiant conflit que le pays ait connu.

Qui oserait alors parler d'alcoolisme en masse, de manipulation, de déshumanisation des troupes, de propagande, de cures de désintoxication ?

La Grande Guerre achève la nationalisation du vin en lui ouvrant les portes de tous les foyers et prépare la transformation du payage viti - vinicole français, notamment avec les principes de la loi du 6 mai 1919 sur les appellations d'origine que l'on retrouve dans les principaux traités de par le monde.

 

Source : Le Monde diplomatique - Août 2016

 

Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article